Journée des droits des Femmes : S'engager au Féminin

Journée des droits des Femmes : S'engager au Féminin

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  • Auteur : Fitte-Duval Elise
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Mbène Faye fait partie des dix-sept militantes du parti des Patriotes interpellées le 26 février 2021 et gardées à vue pendant cinq jours, pour attroupement sans autorisation et trouble à l'ordre public. Elle a décidé de s'engager en politique pour se battre avec d'autres femmes afin de lutter contre les injustices qu'elles subissent notamment au sein de leur foyer. S'engager pour les droits de la femme et pour la démocratie vont de pair, car l'un profite à l'autre.


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"A l’époque de mon engagement, mariée et mère de trois enfants, je travaillais mais je subissais des injustices dans mon ménage. J’étais submergée de colère, donc il fallait que je fasse quelque chose, pour que les difficultés que les femmes affrontent, cette situation que je vivais, diminuent." C'est cette révolte personnelle qui l'a incité à son premier engagement qui a par ailleurs mis fin à son mariage. "Ma volonté de m’engager à conduit à mon divorce. Mon époux n’a pas accepté que je m’encarte. Alors que le reste de ma famille et mon entourage l’accepte." Le discours très novateur du leader Ousmane Sonko l'a séduite à leur première rencontre, parce qu'il prônait "un don de soi pour sa Patrie, contrairement à ce qu’on avait l’habitude d’entendre comme quoi la politique est un raccourci pour s’enrichir. Je voulais vraiment participer à ce mouvement, apporter ma participation aux idées, aux activités."

Elle adhère au discours de O. Sonko parce qu'il fait appel à leur citoyenneté en informant les jeunes et les femmes des réalités du pays et de sa géopolitique, car "pour qu’on puisse développer ce pays il faut qu’ils soient conscients des enjeux". Pour elle, il s'agit d'un projet de société dont le parti a démontré les actions pendant la période de campagne électorale à l’endroit de la jeunesse et des femmes : les vacances agricoles qui les invitent au retour à la terre. Ces actions l'ont enthousiasmé "Les femmes avaient des champs partout pour cultiver de l’arachide, du gombo, du niébé..."

 Elle estime aussi qu'au sein du parti les femmes sont estimées. Mbène Faye avec la coordonatrice nationale du MOJIP, sont deux femmes à faire partie du comité de pilotage, instance suprême du parti, qui sont donc concertées dans les décisions concernant la ligne du parti. Mbène Faye est aussi Secrétaire générale du mouvement des femmes (MOJIP) qui gère ses activités de façon autonome. Aussi "il y a d’autres secrétariats, comme celui à la Communication au sein desquels les femmes font un excellent travail, le secrétariat à la Massification intégré par des femmes qui travaillent très bien, ainsi qu’au secrétariat Finance... Au sein du parti on essaie de dire aux femmes d’arrêter de se faire utiliser par les politiciens, d'arrêter d’occuper le second rang, de servir de décor dans les meetings. Elles ont un rôle à jouer." Elle s'identifie à la tradition de combattantes linguères, qui refusaient la domination coloniale et d’être déportées, alors "pourquoi à un moment donné (...) devraient-elles croiser les bras et laisser les politiciens se servir de nous alors que nous sommes la couche la plus vulnérable. Quelque soit notre niveau d’instruction, on a notre mot à dire dans cette société."

Mbène Faye fut "très tôt consciente de l’adversité à laquelle nous devions faire face... Le parti Pastef (...) dérange du fait qu’il soit un nouveau parti d’opposition. On cherche à déstabiliser l’engagement de ses militants. Ce parti est trop loyaliste, trop ouvertement anti-corruption. Nous on veut vraiment qu’on respecte les droits, qu’on respecte les règles..." Cela dérange dans un pays qui n'est pas habitué à la transparence dans les affaires. Malgré les menaces de mort par les réseaux sociaux, des menaces de viol par sms pour les femmes responsables du parti, elle assure être engagée à aller jusqu'au bout "Tout ceci on l’a vécu, mais cela ne nous a pas découragées".  Dernière épreuve en date, elle a été appréhendée avec dix-sept de ses camarades, alors qu'une trentaine d'entre elles avaient improvisé une marche de soutien à leur leader. Il est interdit de manifester depuis le début de la pandémie. Elles ont passé les cinq nuits de garde à vue dans des conditions dont elle se souvient avec horreur. "...nous avons dormi à même le sol. Pour dormir avec 17 personnes dans une pièce de 2 à 3 mètres carré, il fallait qu’un groupe dorme et se réveille à 2h du matin pour laisser l‘autre dormir. On ne pouvait pas tous s’allonger ensemble : c’était vraiment très difficile." La leçon qu'elle en tire c'est qu'il faut qu'elle continue à se battre et intégrer "dans nos combats l’amélioration des conditions de détention parce que, même si quelqu’un a commis un crime, il y a un minimum de respect à lui accorder"