Fatou Warkha Samb, militante pour les droits des femmes

Fatou Warkha Samb, militante pour les droits des femmes

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  • Auteur : Fitte-Duval Elise
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#feminism #activism



Fatou Warkha Samb est une journaliste militante féministe qui, à travers sa télévision communautaire en ligne Warkha TV, mène la lutte pour le respect des droits des femmes. Elle représente la nouvelle vague des femmes qui s'engagent.


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Fatou Warkha Samb est membre fondatrice du collectif Dafa Doy, constitué par des jeunes femmes qui se sont réunies sur les réseaux sociaux, qui a milité pour le vote de la loi pour la criminalisation du viol. Ce collectif s’est prononcé pour le soutien de la victime présumée de viol Adji Sarr, alors que peu d’organisations féminines s’y sont risqué publiquement. L’affaire Sarr-Sonko, qui défraie la chronique, démontre la difficulté de soutenir les victimes de violence sexuelle quand des personnes célèbres ou puissantes sont mises en cause.  «Le principe de notre engagement est de soutenir toute victime. Peu importe la pression tant qu’on est en cohérence avec nos croyances, sinon ce serait donner des limites à nos engagements». Car cette affaire met en jeu l'application de la loi et remet en cause d'éventuelles autres victimes de viol qui n'auront plus de cadre pour s'exprimer et se battre pour faire valoir leurs droits. "Soutenir Adji Sarr c’est lui donner la possibilité de faire valoir ses droits jusqu’à preuve du contraire. Cela ne veut pas dire que nous lui donnons raison par principe... Il faut qu’il y ait un procès équitable et juste pour les deux parties pour que les droits de chaque personne soient respectés. Si on y parvient, cela serait un grand progrès et montrerait que nul n’est au-dessus de la loi. Cela montrerait que toute personne coupable de viol, peu importe son statut ou son rang, peut être condamnée. Si la théorie du complot politique est vérifiée, cela montrerait aussi qu’aucune femme ne peut accuser une personne gratuitement sans en subir les conséquences."

Warkha a grandi dans une partie reculée de la ville de banlieue, Pikine qui connaît une croissance démographique exponentielle depuis vingt ans. La ville est pleine de vitalité, mais ses habitants font face aux problèmes liés à la grande pauvreté. Dans cet environnement, les violences domestiques, notamment envers les plus vulnérables, font partie du quotidien. Confrontée à ce voisinage dès l’enfance, son opiniâtreté l’a poussé à intégrer une association communautaire de base pour lutter contre les violences faites aux enfants, puis plus tard à faire du volontariat.

Dans ce contexte où les enquêtes font état de proportions très élevées de femmes ayant subi diverses formes de violence (physiques, psychologiques, sexuelles et verbales) elle se décide à porter la cause de la défense des droits des femmes, qui depuis, ne la quitte plus. Son engagement a primé sur ses études universitaires en philosophie. Elle arrêta en licence pour une formation en journalisme afin de continuer à faire les reportages sur les femmes et leurs initiatives qu’elle avait commencé de façon informelle. La création de Warkha TV en 2012, pour soutenir son action de militante, répond à sa volonté d'affirmer la place de la femme dans les medias tout en gardant la liberté dans l’approche de ses sujets. Dans les autres medias "Les femmes faisaient constamment de la figuration alors qu’à coté de cela il y en avait qui travaillaient, faisaient de belles choses, mais n’avaient pas l’opportunité de le montrer à la télévision. Dans le même temps, les victimes de violences n’étaient pas assez représentées. La manière de traiter ce sujet passait toujours par le sensationnel, sans donner la version de la victime."


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Pour Fatou Samb il faut dépasser les combats féministes de ses ainées, les faire avancer en portant les revendications sur les réalités actuelles. Son combat en cours est de faire aligner les lois du Sénégal sur l'article 14 de la convention de Maputo que le pays a signé, autorisant l'avortement en cas de viol et d'inceste. Au Sénégal, le code de déontologie des médecins autorise l’interruption de grossesse si trois confrères attestent la nécessité de la procédure pour sauver la vie de la femme enceinte. "L’urgence est l’autorisation de l’avortement en cas de viol et d’inceste ou quand la santé de la mère est en danger. Depuis des mois (août 2020), j’ai initié la campagne «faites entendre votre voix pour l’avortement médicalisé en cas de viol et d’inceste» de façon spontanée ..." pour sauver les femmes du handicap à vie, de la prison ou de la mort qui sont les conséquences des avortements clandestins et des infanticides. Elle a fait appel à des femmes et des hommes qui ont mis leur visage au service de ce plaidoyer et ont lancé des messages. Cette campagne surgit dans un contexte où l'avortement est loin d'être rare au Sénégal, malgré les restrictions légales. "Ce que je revendique c’est juste l’autorisation en cas de viol et d’inceste, quand la santé de la maman est en danger. Parce que l’avortement qui est permis au Sénégal, c’est quand la vie de la maman est en danger, mais la vie est différente de la santé. On ne prend pas en compte la santé psychologique et mentale. Notre réclamation est que l’État puisse appliquer cette résolution, qu’il y ait des mesures d’accompagnement pour ces victimes de viol et d’inceste, et pour celles qui ont des problèmes de santé."